Politique Société

Débat sur l’application de l’Accord pour la paix : Risque de blocage !

Lors des journées d’information et de sensibilisation sur la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger, au CICB, initiées par la MINUSMA, certains membres du Conseil national de transition (CNT), organe législatif de la transition, ont exprimé leur réserve sur l’application de ce document, signé, le 20 juin 2015, à Bamako.  Un des représentants des ex-rebelles a menacé d’une reprise des hostilités. Le processus de paix risque de se bloquer très rapidement.

« Si l’accord d’Alger pose plus de problèmes, qu’il n’en résout, alors il faut le mettre à côté car ce n’est ni un Coran ni la Bible », a introduit le président de la Commission lois du CNT, également un proche des proches du président de la Transition, le Colonel Assimi Goïta.

Pour l’une des rares fois, un membre de la galaxie au pouvoir exprime ouvertement son opposition à la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation, issu du processus d’Alger.

Youssouf Z Coulibaly ne cache pas son insatisfaction par rapport à ce document de l’accord et estime que « c’est un travail fait par les hommes que d’autres hommes peuvent défaire ».

« On ne peut point appliquer un accord entre des hommes armés. Si toutes les régions doivent demander leur indépendance, alors on ne parlera plus du Mali », a fait savoir le président de la Commission lois.

Dans son sillage, Adama Ben Diarra, un autre membre du CNT et farouche opposant de l’Accord, estime que ce document ne parle que de la partition du Mali, la violation de la Constitution, la mise en cause de la souveraineté du Mal et de l’unité du Mali.

« Nous ne saurons cautionner cette forfaiture du régime précédent », proteste ce jeune de l’organe législatif de la transition, très réputé pour son langage sans langue de bois.

Et d’enfoncer, en proposant contrairement à son devancier, « de mettre l’Accord à la poubelle, puis procéder à un nouveau diagnostic consensuel afin de trouver les vrais médicaments à la crise du Mali »

Pour sa part, Aboubacar Sidiki  Fomba, qui se présente comme le Porte-parole du Collectif des membres du CNT contre la corruption et l’injustice sociale, pense que l’organisation des journées d’information et de sensibilisation de l’Accord d’Alger « n’affecte en rien leur vision sur le rejet pur et simple de la création de la police territoriale ».

A son avis, la création d’une police territoriale ne figure nulle part dans l’Accord d’Alger. Et M Fomba a profité de l’occasion pour réaffirmer l’attachement des membres de l’Organe législatif de transition à « l’effectivité du désarmement des groupes armés comme préalable à toute disposition de mise en œuvre de l’Accord ».

Mais, comme il fallait s’y attendre , la réaction du représentant de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) au sein du Conseil national de la transition, Ikanan Ag Souleymane, a été à la hauteur des attaques contre l’accord. « Certains de mes collègues ont dit ici que l’Azawad est une cuvette, certes, mais est-ce que le Mali n’est pas un hippopotame en dessous de nous », a -t- lance à  ceux qui s’opposent à la mise en œuvre de l’accord.

Ce membre du CMA, qui ne cache pas son passé récent de rebelle, met en garde les autorités d’un quelconque refus d’appliquer l’Accord pour la paix.

« Soit vous appliquez l’Accord, à défaut préparez-vous à la guerre. Il y a le terrain allez-y. Il faut d’abord appliquer l’Accord avant le désarmement. Soit l’Accord, soit la guerre », à prévenu Ikanan Ag Souleymane.

En tout cas, l’organisation des trois journées d’information et de sensibilisation sur la mise en œuvre de l’Accord par la MINUSMA, à l’intention des membres du CNT a été l’occasion d’étaler  le profond désaccord autour de l’application de l’accord .

Le moins que l’on puisse dire, les avis des membres du CNT restent partagés en fonction de leur appartenance régionale. De quoi donner des lendemains incertains quant à l’application de l’Accord pour la paix et la réconciliation, issu du processus d’Alger, signé il y a aujourd’hui six ans. On va vers un blocage du processus.

Seydou Diarra

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Résoudre : *
21 − 2 =