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Contribution LE COUP DE FORCE DE LA DERNIERE CHANCE

« Le Mali n’a plus droit à l’erreur », a dit le Président du CNSP

C’est bien ainsi que s’exprimait le Colonel Asimi Goïta du Comité National pour le Salut du Peuple deux jours après la prise du pouvoir sous les acclamations du peuple et sans effusion de sang. Autrement dit, tout a été essayé. En vain. Il reste à faire le saut dans l’inconnu de la créativité, de l’initiative. Prêt pour cela à affronter, déjà pendant la Transition, les forces de pesanteur.

Légitimité du CNSP

IBK est le premier à l’admettre, lui qui a quitté ses fonctions alors que le soutien de la CEDEAO lui était acquis. Il eût pu faire ce dont ATT n’a pas été capable : retourner la situation en faveur de l’agressé et obliger l’assaillant à appeler au secours, comme le capitaine Amadou Aya Sanogo en 2012,  en négociant une sortie honorable, pour descendre de Koulouba par la grande porte et galonné. A l’époque, ce fut le Premier ministre Cheick Oumar Diarra qui dut rendre sa démission et retourner à ses étoiles, soldé de tout compte. Un célèbre éditorialiste d’une grande chaîne française a reconnu la légitimité de l’intervention des colonels – du reste saluée par la liesse populaire – ce mardi 18 août 2020, à défaut de sa légalité. Et cet observateur politique de rappeler à la communauté internationale légaliste que la bonne gouvernance est un critère essentiel de la qualité d’un régime. Dans le fond, elle est synonyme de démocratie. Le très populaire PDCI d’Houphouet-Boigny, parti unique, n’a commencé à devenir anti-démocratique qu’avec la récession économique des années 80-90, marquée par l’entrée en scène du Dioula Alassane Ouattara supplantant le dauphin Henri Konan Bédié et l’avènement du multipartisme, avec comme héros Laurent Gbagbo et Soro Guillaume, fondateurs respectivement du Front Populaire Ivoirien et de la Fédération estudiantine de Côte d’Ivoire. En 2020, suite au succès économique fulgurant de ses deux mandats, Alassane Ouattara s’apprête à en briguer un troisième, en violation de l’orthodoxie constitutionnelle, avec comme principal argument de campagne les performances économiques.

Dans un débat sur une chaîne privée malienne, le 19 août, le Professeur de Sciences Politiques Clément Dembélé de la Coalition contre la Corruption et Adama Fomba (de la coordination des syndicats enseignants signataires de l’accord de 2016 comportant le fameux article 39) ont résumé les causes de la légitimité du Comité National pour le Salut du Peuple : l’école malienne à la dérive, la corruption généralisée, avec une gestion patrimoniale de l’économie, l’armée sous-équipée devenue chair à canon, l’insécurité, la menace de partition du pays. Et, last but not least, le refus hautain de négocier sérieusement avec le M5 FRP assorti de menaces pour amener ce mouvement à l’essoufflement.

    La voie nouvelle : à créer

Si le régime démocratique est le moins mauvais des systèmes politiques, selon Churchill, au Mali, il est celui de la plus corrompue des trois Républiques : la communiste (1960-1968), la socialiste (1968-1990), la démocratique (1990-2020). Le summum de la corruption a été atteint sous IBK avec la mise en œuvre de la loi de programmation militaire, la falsification des résultats du DEF (BEPC) par le secrétariat à Koulikoro en 2015, celle des résultats de l’élection législative de 2020 par la Cour constitutionnelle, l’augmentation spectaculaire des émoluments des députés à 2,5 millions par mois au minimum, le gonflement du nombre de ministres, pour en faire ainsi des alliés, le paiement de 50 millions de francs à des députés pour soutenir le camp présidentiel et former une majorité factice. C’est sous la présidence d’IBK à l’Assemblée nationale qu’il a été procédé à cette augmentation intéressante et intéressée des émoluments des honorables représentants du peuple. Tout aussi scandaleux sont : le train de vie scandaleux de l’Etat, les missions innombrables de ses agents, les attributions frauduleuses de marchés, les fausses facturations, la bureaucratie, le trop-plein d’institutions et la pléthore de fonctionnaires. La journaliste Sira Bathily, la femme des grands événements (puisqu’elle était à l’antenne le jour de la chute d’ATT) a réuni, il y a quelques mois, sur le plateau, les représentants de six organes officiels de contrôle et leur a donné la parole. Bien entendu, ils n’ont apporté aucun éclairage aux questions de détournement de fonds, de gabegie, de blanchiment d’argent, de fraude, etc. et l’on peut dire que la journaliste a atteint son objectif : informer le téléspectateur.

Du point de vue des Maliens, c’est tout le système démocratique qui a échoué, comme en témoigne, entre autres, le micro-trottoir réalisé par l’ORTM le 22 août 2020 : on ne doit pas financer les partis politiques avec l’argent du peuple, ces partis politiques n’inspirent pas confiance, ce sont les acteurs du 26 mars qui sont aujourd’hui en cause, y relève-t-on entre autres griefs. Comme en Occident, qui entre dans son deuxième siècle de démocratie, nos intellectuels (moulés à l’occidentale), croient qu’il n’y a plus rien après la démocratie, plus rien à essayer. Une certitude ébranlée depuis la montée en puissance de l’écologisme dans les années 70 et définitivement ruinée depuis l’éclatement de la pandémie du coronavirus en 2020. L’économie n’est plus perçue comme le premier critère de la vie. On cherche autre chose. Peut-être la vie simplement.

La Chine « communiste » de Deng Xiaoping avait inauguré cette passionnante quête de l’authenticité dans la modernité. Pendant une année entière, en 2019, le peuple algérois a marché chaque vendredi pour obtenir enfin, suite à l’intervention de l’armée, le départ du président Bouteflika et de nouvelles élections. Toutefois, « le système » Bouteflika est toujours en place et le peuple reste mobilisé. Au Mali, le risque pour le Comité National pour le Salut du Peuple, c’est le piétinement, puis le retour au statu quo, comme si rien ne s’était passé le 18 août. On est à deux pas de cette catastrophe.  Imprudemment, il n’a pas de politique de communication. En effet, le 21 août, le RPM est invité à un débat ; le 26, c’est encore des partisans de l’Ancien Régime (le mot n’est pas trop fort), qui, sous le masque de la société civile, veulent se prononcer sur la transition : l’ORTM fait ce qu’il veut. Alors que de nombreux médias sont à la solde de la réaction (un autre vieux mot qui convient, ô combien ! au contexte malien actuel), aucune station privée ne relaie la position du nouveau pouvoir. Ce sont les réseaux sociaux qui, spontanément, ont assuré la couverture des événements ayant conduit à son avènement. Le CNSP semble même inconscient que dans ce pays les partis s’effondrent quand leur chef est déchu. Exemples : le PSP, l’US-RDA, l’UDPM, l’ADEMA, le CNID, le RPM. Il semble même ignorer que la presse, appelée le quatrième pouvoir, est plus forte que l’armée. Ce qu’il faut faire, c’est neutraliser la bureaucratie, du sommet à la base. Dans l’audit préconisé par certains pour commencer la transition, pourquoi ne pas inclure la mise à la retraite d’office de milliers de fonctionnaires pour décongestionner la Fonction publique ? Il faut saisir tous les biens volés, notamment les terres, les espaces verts urbains détournés, relancer les compagnies de chemin de fer, de navigation, aérienne. Cette action vigoureuse va faire naître automatiquement le génie créateur et l’élan du peuple vers la nouvelle voie, qu’aucune théorie ne peut inventer. Les rebelles de Kidal, (qui ne sont qu’une première vague, en attendant d’éventuels émules du Sud), séduits par une telle renaissance, vont, à coup sûr, se joindre au mouvement.

  Ibrahima KOÏTA, journaliste

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