Société

CHEICK MOHAMED CHERIF KONE APRES SON LIMOGEAGE A LA COUR SUPREME « Je ne serai associé à aucune entreprise tendant à faire de la Cour Suprême, régulatrice du droit par vocation, un instrument de règlement de comptes »

Après son limogeage au poste de 1er Avocat général de la Cour suprême par le président de la Transition, le colonel Assimi Goita, à la demande de deux syndicats de magistrats, Cheick Mohamed Chérif Koné, revient à la charge.

Dans une très longue lettre, adressée au président de la Transition, Cheick Mohamed Chérif Koné, non moins président de l’Association malienne des procureurs et poursuivants et de la Référence syndicale de la magistrature, tance le gouvernement de Dr. Choguel K. Maïga qui entend, selon lui, cacher son échec en se servant de la Cour suprême pour assouvir la soif du peuple malien dans le cadre de la lutte contre la délinquance économique et financière.

Limogé le 8 septembre dernier, par décret du président de la Transition, président du Conseil supérieur de la magistrature, suite à sa prise de position et de sa plainte contre le président et le Procureur de la Cour suprême pour « forfaiture », Cheick Mohamed Chérif Koné, dans sa très longue correspondance, adressée hier lundi 13 septembre 2021, au président de la Transition, traite cette décision de non-événement.

Dans sa missive, il dit avoir « considéré ce décret en certains points comme un message de félicitation à l’endroit d’un Premier Avocat Général qui a su résister aux pressions, aux influences, à la manipulation, aux velléités d’instrumentalisation de la Cour Suprême, entretenues par ses premiers chefs ».

Pour lui, on a tendance à considérer la Cour Suprême comme un organe de la Transition.

« Les organes de la Transition ont leurs missions clairement définies dans la Charte de la Transition ; quant à la Cour Suprême, institution démocratique pérenne, ses missions sont définies par la Constitution. A ce titre, je ne serai associé à aucune entreprise tendant à faire de la Cour Suprême, régulatrice du droit par vocation, un instrument de règlement de comptes ou devant couvrir l’échec d’un Gouvernement de Transition en quête d’une sortie honorable ».

Selon le désormais ex-1er Avocat général, le fait de lui demander de s’associer à certaines décisions de la Cour Suprême, notamment cette affaire de Soumeylou Boubèye  Maïga, ancien Premier ministre, c’est comme « l’invité a violé la Constitution et les lois de la République ».

Aussi, explique-t-il : « Un Premier Avocat Général, commissaire du droit, n’a autre vocation que de défendre la loi et non pas un régime ou un pouvoir ».

Pour Cheick Mohamed Chérif Koné, « le Mali nouveau auquel nous rêvons tous, ne saurait se réaliser en encourageant et en entretenant des actes de forfaiture ».

Par ailleurs, soutient-il, le gouvernement entend cacher son échec en se servant de la Cour Suprême.

« Il commande aujourd’hui du peuple, d’exiger des résultats de ses gouvernants. Les missions essentielles du gouvernement de Transition étant clairement définies dans la Charte de la Transition, il s’agira d’être plus regardant à l’heure du bilan. A quelques mois de la fin de la Transition tous les indicateurs sont là, permettant de dire que pour couvrir son échec dont il en est conscient, le gouvernement n’a trouvé autre moyen que de se servir de la Cour Suprême afin de divertir l’opinion publique, en s’adonnant à un vrai vagabondage sur le champ de la lutte contre la délinquance économique et financière, dont la conduite ne lui relève pas. Il n’a pas à être jugé sur ce plan, mais uniquement sur les missions qui lui sont assignées », dira-t-il.

Il poursuit : « La gestion des affaires publiques étant une question de responsabilité, le Gouvernement de Transition doit pouvoir rendre compte au peuple, il n’a pas à se servir de la Cour Suprême pour le divertir, à travers des arrestations arbitraires programmées, sous le couvert de la lutte contre la délinquance économique et financière ».

Selon le président de l’AMPP et de la REFSYMA, le seul responsable aujourd’hui de l’échec du traitement du dossier des équipements militaires et de l’avion présidentiel, demeure le président actuel de la Cour suprême, qui selon aurait traîné le dossier durant trois mois et n’a pas transmis ledit dossier à l’Assemblée nationale sous le régime d’IBK.

« La question qui m’oppose aujourd’hui aux premiers responsables de la Cour suprême ne serait pas posée si le Procureur général de l’époque, actuel président de la Cour suprême, n’avait pas fait main basse pendant plus de trois mois, en dépit de mon insistance, sur les dossiers à lui transmis immédiatement au président de l’Assemblée Nationale, pour les formalités de la mise en accusation des personnalités citées dans le dossier et justiciables de la Haute Cour de Justice, au moment où l’Assemblée Nationale n’avait pas encore été dissoute. Pourtant l’avocat général que j’étais, n’avait pas manqué d’attirer les attentions sur un tel acte délibéré, constitutif de forfaiture ».

En tout cas, dans sa très longue correspondance, à l’allure d’un réquisitoire, son limogeage rabaisse notre pays en matière de l’Etat de droit. Par conséquent, Cheick Mohamed Chérif Koné n’entend pas lâcher du lest et se réserve le droit, en sa qualité de double président de l’Association malienne des procureurs et poursuivants (AMPP) et de la Référence syndicale de la magistrature au Mali (REFSYMA) de saisir les juridictions nationales et internationales compétentes pour non seulement le mettre dans ses droits, mais aussi protéger « l’Etat droit dans notre pays ». Comme pour dire que le bras de fer se poursuit.

Affaire à suivre

O.D.

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