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Camp des déplacés au parc à bétail de Nimana, le 12 février 2019. © Ph. Maliki Diallo

Centre du Mali : comment sortir du conflit intercommunautaire ?

A l’initiative du gouverneur de la région de Mopti, les communautés, les victimes et des milices se rencontreront pour parler paix et réconciliation dans les cercles, arrondissements et région, avec comme maitre mot, le dialogue fécond. Connaissant les divergences de vue entre les associations peules et dogons, avant l’ouverture des assises, la Commission Vérité, Justice et Réconciliation privilégie la justice transitionnelle.

Au parc à bétail de Niamana, deux installations sommaires (bâches bleues) attirent l’attention du visiteur. A l’approche, une cuisine à ciel ouvert devant les installations. Une marmite de 15 kilos sur le feu est entretenue par deux femmes. Des enfants jouent au côté sud des bâches. Il est déjà 13 h passées ce mardi 12 février 2019. Assis sous un hangar en tôle, une dizaine d’hommes en face, attendent impatiemment le déjeuner.

Ce sont des déplacés internes. Des familles qui ont fui la “guerre” dans la région de Mopti.  Parmi eux Aly Traoré. Ce chef de famille “n’oubliera” jamais le jour où son village, Sadiaworo, dans le cercle de Bankass, a été attaqué par les Donzo. C’était il y a un mois et demi.

“Ils ont attaqué un premier village non loin du nôtre. Et avant qu’ils n’arrivent, nous nous sommes dispersés dans la brousse. Chez nous, ils ont transporté ceux qu’ils pouvaient transporter et mis le feu au village. Nos greniers, cases et même animaux ont été brûlés. Je suis arrivé ici avec les seuls habits que je portais”, raconte le sexagénaire. Comme lui, tous les déplacés de ce camp et d’autres à travers le pays ont quitté leurs villages dans les mêmes conditions.

En moins de deux mois de présence dans la capitale, Aly est pressé de rentrer chez lui. “Mais il faut que toutes les conditions soient réunies. Je veux que les Donzo soient d’abord désarmés et tous les autres groupes armés aussi et que l’armée nationale soit présente partout pour nous sécuriser”, préconise-t-il.

Ce grand  père recommande aussi l’ouverture du dialogue entre les parties. “Les Peuls et Dogons sont des frères. S’ils se retrouvent autour d’une table, ils vont s’entendre et la guerre finira. C’est la seule solution à ce problème à mon avis”, croit-il fermement.

Le gouvernorat à pied d’œuvre

Le dialogue ? C’est ce qui est privilégié par l’exécutif régional. Le 6 février dernier, le gouverneur de Mopti, dans une correspondance, a invité les associations peules et dogons et d’autres acteurs à participer “aux rencontres sur la paix et la réconciliation dans la région”.

“Lesdites rencontres auxquelles des représentants de votre association sont invités se tiendront à partir de la deuxième semaine de ce mois au niveau des arrondissements, cercles et la région afin de mettre l’accent sur les particularités de chaque circonscription et faire les propositions de solutions appropriées”, peut-on lire dans la lettre adressée à l’Association des amis de la culture peule (Tabital Pulaaku) qui ne cesse de réclamer la fin de la “tuerie” dans la région de Mopti.

Le président de Tabital Pulaaku, Abdoul Aziz Diallo, apprécie la démarche du gouverneur consistant à réunir les deux communautés autour de la même table pour discuter de leurs différends. Il appelle les démembrements de son association à participer activement aux rencontres. “Seules les communautés peuvent déterminer ensemble les mécanismes à adopter pour la paix et la réconciliation dans la région de Mopti”, estime-t-il.

Celui qui pense que sa communauté a payé un lourd tribut à la crise au centre, ne manque pas de propositions pour ramener la paix entre Peuls et Dogons. “Tous les mécanismes seront voués à l’échec si les populations continueront à se sentir en insécurité. Il urge donc de désarmer toutes les milices, détruire leurs camps d’entraînement et retirer les armes à ceux qui n’ont le droit de les porter. La justice doit également jouer son rôle en poursuivant tous ceux qui ont tué, en premier les chefs des milices. Ce sont des préalables qui font créer la confiance entre les communautés”, considère le président de Tabital Pulaaku.

Les mécanismes traditionnels en avant

Comme Tabital Pulaaku, l’association Ginna Dogon et le mouvement Dana Amassagou de la communauté dogon sont pour le dialogue.

“Le dialogue, le dialogue et seul le dialogue peut ramener la paix dans le Centre du pays. Nous avons toujours réclamé l’ouverture du dialogue entre les communautés dans le Centre. Ces communautés qui se marient entre eux, faisaient tout ensemble, trouveront les meilleures formules pour mettre un terme à la crise”, assure Mamadou Togo, président de Ginna Dogon. Pour lui, les rencontres doivent être organisées dans les villages, communes, arrondissements, cercles.

“Les organisateurs doivent faire attention aux hommes politiques. Sinon, mis au-devant de la scène, ils penseront à leur électorat et éviteront des débats francs et honnêtes entre les communautés”, prévient-il.

Contrairement au président de Tabital Pulaaku, le président de Ginna Dogon ne préconise pas la justice pour le retour de la paix dans le Centre. “Comme on le dit, un mauvais arrangement vaut mieux qu’un bon procès. Je préfère que tous les problèmes soient réglés à l’amiable. Que les fautifs présentent leurs excuses et que les victimes pardonnent. Je suis certain que la situation que nous vivons peut être résolue à l’amiable. Les Peuls, les Dogons et toutes les autres communautés dans le Centre ont toujours géré les problèmes avec le vrai dialogue et le pardon. Le droit est droit, mais la droiture n’est pas donnée à tout le monde d’accepter le droit. L’intervention de la justice pourrait en nuire”, pense Mamadou Togo.

Jean Kassogué, porte-parole de Dana Amassagou, partage la position du président de Ginna Dogon. “Le dialogue et l’appel au pardon doivent être privilégiés. La justice n’est pas pour nous la solution. Mais elle peut intervenir à la demande des victimes qui refuseront de pardonner”, indique M. Kassogué.

A la Commission vérité, justice et réconciliation (CVJR), les commissaires réfléchissent sur les mécanismes de résolution du conflit dans le Centre. Commissaire à la sous-commission recherche de la vérité à la CVJR, Me Alou Kéita, affirme que le conflit dans le Centre inquiète sa structure.

“La situation est difficile dans la mesure où elle impacte sur nos dépositions. Celles-ci constituent notre première arme pour la manifestation de la vérité. Aussi, elles risquent de gêner nos enquêtes qui doivent débuter sous peu. Bref, la situation nous préoccupe”, souligne le juriste. Interrogé sur les mécanises de la résolution de ce conflit, Me Kéita affirme que la bonne application de la justice transitionnelle peut être une solution pour le retour définitif de la paix et la cohésion dans le Centre du Mali.

“La justice transitionnelle est une combinaison de mécanismes judiciaires et non judiciaires pour affronter le passé, établir la vérité et mettre fin à l’impunité dans le but de favoriser la réconciliation dans les pays qui sortent de conflits. Elle touche à tous les domaines quasiment. Quand elle est bien appliquée, la solution est toute trouvée”, assure Me Kéita.  Pour le spécialiste, la justice transitionnelle à quatre mesures centrales : procès, publication de la vérité, réparations et réformes administratives. « Elles sont destinées à garantir la reconnaissance, la confiance, l’état de droit et à terme la réconciliation », souligne-t-il.

Déclenché depuis plus de deux ans, la crise du Centre a fait de nombreux morts. Selon le dernier Rapport de Nations unies sur  le Mali, les trois derniers mois de 2018 ont enregistré la mort de 108 civils, dont un enfant, 43 blessés, dont 5 enfants et une femme. Le rapport note aussi l’enlèvement de 43 civils dans cette partie du Mali.

Maliki Diallo

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